n. f. Sport de combat utilisant
l'une des trois armes à lame d'acier suivantes : le fleuret,
l'épée ou le sabre.
Le fleuret a une longueur maximale de 110 cm et un poids
inférieur à 500 g ; sa lame, à section quadrangulaire, mesure
90 cm et le diamètre de la coquille, qui sert à protéger la
main, doit être inférieur à 12 cm. L'épée a une longueur
maximale de 110 cm et un poids inférieur à 770 g ; sa lame, à
section triangulaire, mesure 90 cm et le diamètre de la
coquille, plus arrondie que celle du fleuret, doit être
inférieur à 13,5 cm. Le sabre a une longueur maximale de 105
cm et un poids inférieur à 500 g ; sa lame, à section
relativement rectangulaire, recourbée à son extrémité
(méplat), mesure 88 cm, et la coquille, de forme convexe, sans
rebord ni creux, a une section de 15 cm sur 14 pour une
hauteur de 15 cm.
Historique
Déjà pratiquée par les Chinois il y a quelque quarante
siècles, l'escrime est issue, en Occident, des traditions de
la chevalerie, dont les origines remontent elles-mêmes à la
plus haute Antiquité. Ajax et Hector se livrent, dans
L'Iliade, les premiers combats singuliers et, en Grèce, des
maîtres d'armes, appelés hoplomaques, donnent des leçons. Sous
l'Empire romain, les soldats qui méritent le titre de "
docteur ès armes " reçoivent double ration de vivres. C'est au
Moyen Âge que l'épée va être liée à toute l'histoire de la
chevalerie, arme et emblème à la fois, qui sert à
l'adoubement. Puis, avec l'invention de la rapière, se répand
l'usage des duels privés, qui déciment les rangs de la
noblesse.
C'est au XVe siècle que sont édités les premiers traités
d'escrime, mot d'origine allemande (schirmen " protéger "),
encore que, dans les romans de la Table ronde, on donne au "
joueur d'épée " le nom d'" escrimisseor " ou d'" escrimisseur
". En fait, l'escrime moderne est née en Espagne et, plus
précisément, à Tolède, ville célèbre pour ses manufactures
d'armes. Mais c'est grâce aux écrits des maîtres italiens,
tels Marozzo, Agrippa et Giganti, au XVIe siècle et au début
du XVIIe, qu'elle acquiert sa forme actuelle. Les Français (Saint-Didier,
Thibaust), à leur tour, en codifient les règles, allégeant
considérablement le poids des armes, et c'est en 1653 que le
maître d'armes Besnard imagine le fleuret, arme d'estoc - de
pointe -, inoffensive et légère. Sous Louis XIV, l'art de
l'escrime fait partie de l'éducation. L'école française peut
alors rivaliser avec l'école italienne, et les assauts livrés
en public permettent aux tireurs de montrer tout leur savoir.
Une courtoisie extrême est de rigueur. Pour éviter tout
accident, les pointes des fleurets sont mouchetées et, vers la
fin du XVIIIe siècle, le port du masque en treillis, inventé
par La Boessière père, devient obligatoire dans les salles et
en assauts. La Boessière fils complétera l'œuvre de
codification, et aux quatre positions élaborées par Agrippa -
la prime, la seconde, la tierce, la quarte - il ajoutera la
quinte et la sixte. Les maîtres Jean-Louis, Lhomandie, La
Faugère, Gonard, Grisier et Cordelois contribueront aussi à
l'essor de l'escrime sportive, qui, à partir de 1880,
comprend, outre le fleuret, l'épée et le sabre sous leur forme
actuelle.
Le fleuret hommes et le sabre individuel furent inscrits au
programme olympique dès 1896, mais le fleuret par équipes en
1904 et le sabre par équipes en 1908 seulement ; l'épée entra
aux jeux Olympiques en 1900 (par équipes, en 1908), le fleuret
féminin en 1924 (par équipes, en 1960). La Fédération
internationale d'escrime, fondée en 1913, coordonne l'ensemble
des grandes épreuves : championnats du monde (créés en 1937),
qui se déroulent tous les ans sauf les années olympiques ;
championnats d'Europe (créés en 1921) ; Masters (créés en
1986) ; championnats du monde des moins de 20 ans (créés en
1950) ; championnats du monde des moins de 17 ans (créés en
1987). L'escrime présente par ailleurs la particularité
d'organiser chaque année des tournois (ou challenges) qui
réunissent les meilleurs pratiquants mondiaux : challenge
international de Paris, coupe Giovannini, challenge Martini
(fleuret), challenge Monal (épée), etc. Lors de toutes les
compétitions d'escrime, la langue d'annonce et d'arbitrage est
le français. Les épreuves se déroulent individuellement et par
équipes. On adopte, pour leur organisation, soit l'élimination
par poules, soit l'élimination directe, soit une combinaison
des deux. Les poules éliminatoires se disputent, généralement,
en assauts de cinq touches pour les hommes et pour les dames,
tandis que la poule finale se dispute en assauts de dix
touches pour les hommes et de huit touches pour les dames.
Les règles
La position initiale des concurrents est celle de la garde ;
puis lui succède le développement, qui coordonne mouvements du
bras armé et du pied. Les passes d'armes mêlent attaques et
parades-ripostes. Les attaques peuvent être simples (tel le
coup droit) ou composées (une-deux). Les parades, phases de
combat défensives immédiatement suivies d'une riposte, sont
théoriquement au nombre de huit au fleuret et à l'épée, et au
nombre de cinq au sabre ; on les nomme engagements lorsque les
lames entrent en contact. Les touches peuvent être comptées
sur tout le corps à l'épée (où les corps à corps sont
également autorisés), mais ne peuvent l'être que sur certaines
parties au fleuret et au sabre. Si, au sabre, l'arbitrage est
encore assuré par un jury composé d'un président et de quatre
assesseurs, il est devenu électrique à l'épée (depuis 1934) et
au fleuret (depuis 1955). Les concurrents sont reliés à un
tableau lumineux par un fil de corps, parfaitement isolé, qui
est lui-même en contact avec un autre fil passant dans la lame
et menant à une pointe d'arrêt à ressort ; celle-ci déclenche,
sur le tableau, l'allumage du signal indiquant la validité de
la touche à la condition que la surface atteinte soit
réglementaire et que la pression exercée sur le corps de
l'adversaire soit au moins égale à 500 g au fleuret et à 750 g
à l'épée. Au sabre, les coups sont portés de la pointe ou du
tranchant.
Les champions
Au fleuret,
Français et Italiens ont très largement dominé, sur le plan
mondial, jusqu'au début des années 1960. Le Français
Eugène-Henri Gravelotte fut, en 1896, le premier champion
olympique de la spécialité, suivi, en 1900, par son
compatriote Coste, et l'Italien Neto Nadi (1893-1952),
médaillé d'or des Jeux de 1912 et de 1920, en épreuve
individuelle, ainsi que trois fois par équipes, compte parmi
les meilleures lames de l'histoire du sport. Le Cubain Ramon
Fonst (1883-1959), en remportant le titre olympique en 1904,
année où il aida son équipe à triompher, se rendit également
très célèbre. Les carrières de Roger Ducret (1888-1962) et,
plus encore, de Lucien Gaudin (1886-1934), malgré les
nombreuses vicissitudes que connut ce dernier, valurent de
nouveau des heures de gloire à l'équipe de France dans les
années 1920, non seulement au fleuret mais aussi à l'épée et
au sabre. Les Italiens Gustavo Marzi et Giulio Gaudini, les
Français Edward Gardère et Jehan Buhan (champion olympique
individuel et par équipes en 1948) furent bientôt dépassés par
Christian d'Oriola (né en 1928), génie du fleuret, quatre fois
champion du monde individuel (1947, 1949, 1953, 1954) et trois
par équipes (1947, 1951, 1953), deux fois champion olympique
individuel (1952, 1956) et deux fois par équipes (1948, 1952).
D'Oriola avait brillamment réussi le passage du fleuret
traditionnel au fleuret électrique ; pourtant, n'appréciant
pas celui-ci, il céda sa place en équipe de France.
Français et Italiens eurent alors de nouveaux rivaux en la
personne des Soviétiques (Youri Sissikin, Sveschnikov,
Poutiatine, Stankovitch, Alexandre Romankov, Valeri Smirnov,
Sergueï Goloubitski), d'ailleurs formés par des maîtres
français, et des tireurs des démocraties populaires, qui
firent de l'escrime un sport athlétique, nécessitant une
intense préparation physique. Parmi eux, citons les Polonais
Egon Franke, Witold Woyda, Dabrovski et Wojciekowski, les
Hongrois Jeneo et Laszlo Kamuti et Fulop, le Roumain Ion
Drimba (champion olympique en 1968 dans un style étonnant de
fantaisie), l'Allemand de l'Est Härter. En Italie, les
fleurettistes de rang mondial ont été, par la suite, Montano,
Fabio Dal Zotto, Mauro Numa, Andrea Borella, Cerioni et
Alessandro Puccini, et, en France (pays qui remporta le titre
olympique par équipes en 1968 et en 1980), les champions du
monde Jean-Claude Magnan (1963, 1965), Christian Noël (1973,
1975), Didier Flament (1978) et Philippe Omnès (1990,
également champion olympique en 1992), ainsi que Daniel
Revenu, Bernard Talvard, Pietruszka et Philippe Conscience. En
Allemagne, pays qui remporta le titre olympique en 1976 et en
1992, on peut également citer Hein, Friedrich Wessel, Reichert,
Behr, Gey, Koch et Weissenborn. Il convient aussi de nommer le
Cubain Tucker (champion du monde en 1994) et le Russe
Chevchenko (champion du monde en 1995).
Au fleuret féminin, Soviétiques, Hongroises, Italiennes,
Roumaines, Allemandes et Françaises ont dominé le plus souvent
les compétitions. On peut, ainsi, retenir les noms de Zabelina,
Elena Novikova, Gorokhova, Valentine Sidorova, Belova,
Giliazova (URSS) ; de Ilona Elek, Rejto, Bobis,
Schwarzenberger (Hongrie) ; de Camber, Ragno-Lonzi, Collino,
Dorina Vaccaroni, Giovanna Trillini, Francesca Bortolozzi
(Italie) ; de Sthal, Tufan, Szabo-Lazar (Roumanie) ; de
Hanisch, Fichtel (Allemagne) ; et, pour la France (championne
olympique par équipes en 1980 et troisième en 1984),
Marie-Chantal Demaille, Brigitte Gapais-Dumont, Pascale
Trinquet, Laurence Modaine.
À l'épée,
qui est l'arme la plus pratiquée dans le monde, l'école
italienne a, une fois encore, hissé ses escrimeurs,
individuellement et par équipes, au premier rang mondial.
Edoardo Mangiarotti (né en 1919) est ainsi le plus grand nom
de la spécialité. De nombreux autres Italiens ont marqué
l'histoire de l'épée : Cornaggia-Medici, Riccardi, Cantone,
Pavesi, Delfino. Hongrois (Kulcsar, Feyvesi, Sekely, Pap),
Soviétiques (Kriss, Chouvalov, Kolobkov), Allemands (Push,
Hehn, Schmitt, Fisher, Gerull) ont appartenu ou appartiennent
à l'élite mondiale. En France, après les succès aux jeux
Olympiques de Gaston Alibert (1908), d'Armand Massard (1920)
et de Gaudin (1928), et, aux championnats du monde individuels
(titres officiels à partir de 1937), de Georges de La Falaise
(1906), Lucien Gaudin (1921), Geroges Tainturier (1926),
Georges Buchard (1927, 1933), Philippe Cattiau (1929, 1930),
Schmetz (1937), Michel Pécheux (1938), Édouard Artigas (1947),
Armand Mouyal (1957) et Jack Guittet (1961), l'épée est
redevenue l'une des plus fortes du monde à partir de 1980
(titre olympique par équipes). Philippe Boisse (champion
olympique en 1984, champion du monde en 1985), Philippe Riboud
(troisième aux jeux Olympiques en 1980 et 1984, deuxième en
1988, champion du monde en 1979 et 1986) et Éric Srecki
(champion olympique en 1992) en sont les figures marquantes.
L'épée féminine est inscrite au programme olympique en 1996.
La française Laura Flessel remporte le titre devant sa
compatriote Valérie Barlois. La France est championne
olympique par équipes.
Au sabre,
les Hongrois, dont l'école est passée à la postérité, ont très
longtemps surclassé leurs concurrents, mais, à la fin des
années 1960, les Soviétiques - formés à l'école hongroise -,
les Italiens et les Polonais ont commencé de prendre le
meilleur sur eux. Le Hongrois Aladar Gerevitch (né en 1910)
remporta à lui seul sept médailles d'or aux jeux Olympiques,
dont une seule toutefois en épreuve individuelle (1948). Parmi
ses compatriotes, mentionnons encore Jeno Fuchs, Gyorgy
Piller, Pali Kovacs, Rudolf Karpati, Bence Szabo, ainsi que
les Soviétiques Yakov Rylski, Rakita, Sidiak, Viktor
Krovopouskov, Vladimir Nazlymov et Grigori Kirienko, les
Italiens Maffei et Montano, le Polonais Jerzy Pawlowski. Les
Français Georges de La Falaise, en 1900, et Jacques
Levavasseur, en 1950, conquirent, respectivement, le titre
olympique et le titre mondial de la spécialité. Jean-François
Lamour, champion olympique en 1984 et 1988, troisième en 1992,
champion du monde en 1987, peut être considéré comme l'égal
des plus grands.
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